La place du praticien dans la prise en charge globale d’un petit patient malade est complexe. Et la proposition d’un traitement, dans un contexte déjà très médicalisé, peut rapidement trouver ses limites.
Les traitements sont multiples et dépendent de plusieurs facteurs :
- de la maladie de l’enfant, de sa survenue (avant ou après la prise en charge orthodontique)
- des souhaits de l’enfant et de ses parents,
- et surtout, de la qualité de la relation entre la famille et le praticien.
Cependant, dans tous les cas, il est nécessaire de ne pas rajouter de thérapeutique douloureuse ou trop contraignante.
La pathologie chronique
L’enfant malade est un enfant comme les autres : comme de nombreux enfants de sa classe, il est appareillé et traité. La qualité de l’accueil chez le praticien est centrale et l’empathie pour les parents est essentielle. En effet, les parents trouvent dans l’orthodontiste un praticien « à part », différent de leurs interlocuteurs habituels, qui replace l’enfant dans un contexte de soins plus classique.
Il n’est pas l’enfant malade pour lequel on craint une aggravation, une infection ou autre chose, mais un petit patient auquel on va offrir un sourire amélioré ! Ils n’ont pas de choix à faire, de décision importante à prendre, ils peuvent être pris en charge comme tout un chacun.
A l’inverse, du point de vue du praticien, cet enfant peut poser des problèmes très particuliers : il a une pathologie chronique dont il doit tenir compte afin d’adapter son plan de traitement dans un contexte déjà très médicalisé. Le praticien préconise ainsi des traitements sans mécanique lourde ni contraignante.
Dans certains cas, la pathologie de l’enfant (enfant épileptique, hémophile, porteur d’une pathologie valvulaire cardiaque…) nécessite une prise en charge très spécifique par l’orthodontiste, certaines de ses thérapeutiques pouvant entraîner un risque vital pour le patient.
Ce risque est souvent mal anticipé par les équipes qui suivent ces enfants (cardiologues, neurologues, généralistes…). L’orthodontiste doit alors être en capacité de :
- prendre les mesures thérapeutiques ou chirurgicales nécessaires
- ou, au contraire, d’expliquer et de conseiller aux parents et à l’enfant une éventuelle abstention thérapeutique. On préconisera alors des traitements fonctionnels sans mouvement rapide dentaire.
La pathologie grave avec risque vital
Ces enfants et leurs parents vivent au cœur d’une nébuleuse médicale multiple et plastique avec des périodes de traitements difficiles et parfois douloureux. Leur quotidien est fait d’espoir, de doute, de gestion périlleuse et de contraintes organisationnelles. Les familles expérimentent la confrontation insoutenable avec l’idée de la mort d’un des leurs.
Quelle est alors la place du traitement orthodontique ? Il peut préexister à la pathologie traitée et se situe alors dans une continuité logique. Il aide la famille et l’enfant à se projeter dans l’avenir. Mettre en œuvre le traitement orthodontique, c’est envisager un « après » la période de la maladie. Dans un traitement orthodontique, on parle des projets de l’enfant, du futur métier, des voyages rêvés…
Il est nécessaire pour le praticien de pouvoir communiquer avec l’équipe médicale qui suit l’enfant, afin d’anticiper les éventuels effets secondaires des traitements (gingivites et stomatites, problèmes infectieux) altérant la tolérance au matériel dans la bouche, voire la contre-indiquant complètement.
Dans tous les cas, il est nécessaire d’entendre le souhait de l’enfant. Chaque enfant est unique avec ses propres contraintes décuplées par la maladie. Le plan de traitement doit donc, lui aussi, être unique, acceptant les compromis imposés par la maladie.
Il convient de :
- Proposer une interruption temporaire du traitement si l’enfant ou les parents sont trop fragilisés.
- Servir de médiateur entre l’enfant et ses parents, s’il souhaite interrompre temporairement son traitement en définissant les priorités et en réinvestissant une fonction thérapeutique plus large, afin de rassurer les parents sur le bien fondé de cette décision.
- Accepter que le traitement ne soit pas idéal, tout simplement parce qu’il a fallu composer avec la maladie. Les objectifs personnels du praticien doivent s’effacer devant la réalité de ces prises en charge particulières.
Par les Docteurs Brigitte Vi-Fane et Jean-Baptiste Kerbrat



