Apnée du sommeil chez l’enfant : un fléau pourtant évitable

Publié le mer, 11/21/2018 - 18:04
La Fédération Française d’Orthodontie dans sa dernière recommandation de bonne pratique « Place de l’orthodontie dans le dépistage et le traitement du syndrome d’apnées hypoapnées obstructives du sommeil (SAHOS) chez l’enfant », établit le rôle capital de l’orthodontiste dans le diagnostic et la stratégie thérapeutique globale (16 recommandations faites).


Rappel : « Qu’est-ce qu’une apnée du sommeil ? »

Le Syndrome d'Apnées Obstructives du Sommeil (SAOS) est caractérisé par la répétition d’épisodes de pauses respiratoires, qui sont dues à des occlusions pharyngées complètes mais temporaires. Plus le nombre de pauses est élevé, plus la sévérité est grande. Le diagnostic est établi grâce à un examen polygraphique nocturne qui définit les caractéristiques et la sévérité de la maladie.


SAOS : des conséquences à ne pas négliger chez les jeunes

 

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Contrairement aux idées reçues, le syndrome d’apnées obstructives du sommeil n’est pas réservé qu’aux adultes.

L’apnée du sommeil chez l’enfant est un trouble respiratoire fréquent dont la prévalence est estimée entre 1,2 et 5,7% (à titre d’exemple, cela représente entre 10 000 à 47 000 enfants âgés de 6 ans), mais elle est probablement sous-estimée. Les conséquences ne sont pas négligeables chez les jeunes patients, qui présentent des symptômes pouvant affecter une croissance harmonieuse. En effet, un enfant qui n’a pas un sommeil réparateur a souvent des difficultés à se lever le matin. Il peut être agité, hyperactif, présenter un manque d’attention à l’école, qui peut aller jusqu’à une baisse des résultats scolaires.
On peut souvent retrouver certains troubles associés : l’énurésie ainsi qu’une cassure de la courbe de poids et/ou de croissance.
La prévalence du SAOS augmente aussi avec l’obésité (estimée chez l’enfant obèse entre 19% et 61%). La perte de poids réduit la sévérité du SAOS.
En l’absence de traitement, le SAOS peut entraîner des complications médicales sévères. Comme chez l’adulte, des conséquences graves pour la santé sont également retrouvées chez l’enfant : troubles métaboliques (obésité, perte de sensibilité à l’insuline, dyslipidémie, syndrome métabolique) et cardiaques (hypertension artérielle, dysfonction endothéliale, anomalies ventriculaires de taille/fonction, élévation de la pression artérielle pulmonaire).


L’importance de traiter tôt pour éviter l’apnée chez l’adulte

Les professionnels de santé de l’enfant, parmi lesquels les pédiatres, les odontologistes pédiatriques et les orthodontistes, sont encouragés à identifier les facteurs de risque et à évaluer les symptômes du SAOS afin d’initier une prise en charge multidisciplinaire précoce.

L’orthodontiste peut contribuer significativement, d’une part à la prévention et au dépistage précoce et d’autre part, à la prise en charge thérapeutique de l’enfant :

  • La consultation orthodontique permet d’identifier des signes et symptômes de SAOS et orienter l’enfant vers des spécialistes (spécialiste du sommeil, ORL, pneumologue) pour confirmer le diagnostic et proposer une stratégie thérapeutique. Elle contribue à évaluer les anomalies morphologiques crânio-faciales et fonctionnelles, facteurs de risque du SAOS.
  • Le traitement orthopédique et fonctionnel des anomalies morphologiques crânio-faciales doit être proposé comme une approche thérapeutique s’intégrant dans une prise en charge pluridisciplinaire.
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Les signes qui doivent alerter
La nuit :
  • Episodes de ronflements intenses avec des phases d’arrêts respiratoires o Mouvements paradoxaux de la poitrine et de l’abdomen, bruit intense à la récupération de la respiration
  • Sueurs nocturnes, énurésie et agitations nocturnes

La journée :

  • Obstruction nasale, respiration buccale, hyperactivité alternant avec une hypoactivité, irritabilité et somnolence


La prise en charge du SAOS

Chez l’enfant, la prise en charge du SAOS commence la plupart du temps par l’ablation totale ou partielle des amygdales et des végétations. Le recours à cette intervention est du ressort de l’ORL qui appréciera le besoin ou non d’intervention. L’opération est efficace dans 80% des cas et peut être associée à un traitement contre d’éventuelles allergies et une prise en charge du surpoids si nécessaire. Cependant, 10% des enfants présentent encore des apnées après ce geste et devront suivre un autre traitement.


Des traitements orthopédiques existent dans l’apnée du sommeil chez l’enfant

 

Dans la stratégie de prise en charge du SAOS, deux traitements orthodontiques (la disjonction maxillaire et le dispositif d’avancement mandibulaire) existent. Ils visent tous deux à une correction orthopédique de certains os de la face.

Il a été montré que la disjonction permet de faciliter la respiration par le nez et constitue un des traitements du SAOS pédiatrique. Il s’agit d’un appareil fixé sur les molaires maxillaires qui permet d’écarter le palais, progressivement et sans douleur, pour « rattraper » le déficit de croissance. Ces traitements orthopédiques ont démontré leur intérêt, en permettant de corriger les maxillaires et ainsi de faciliter le placement de la langue au palais et l’augmentation du diamètre des voies aériennes supérieures. Ces traitements doivent être complétés par une rééducation fonctionnelle développée ci-après.
 
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De nouvelles données montrent le rôle de la prise en charge fonctionnelle

Quand le traitement a été un succès, le suivi est primordial, surtout pour les jeunes patients qui peuvent avoir pris l’habitude de respirer par la bouche, et qui conservent cette habitude même après avoir le nez libéré de tout obstacle. Pour éviter la récidive, il est important de proposer une véritable rééducation par des exercices, précédés de lavage et mouchage nasal.
Ces exercices peuvent être soutenus par des appareils dits « d’éducation fonctionnelle », qui guident la langue dans une position haute, maintenant les lèvres jointes.

Cette prise en charge dite fonctionnelle concerne :

  • La respiration : le patient doit apprendre à se moucher, à garder les lèvres en contact. La ventilation nasale a un rôle morphogénétique.
  • La déglutition : la déglutition est dysfonctionnelle chez 65% des patients souffrant de SAOS. La rééducation musculaire de la langue, des muscles labiaux, jugaux, mentonniers et masticateurs favorisent la prise en charge du SAOS. Le patient apprend également à positionner sa langue correctement lors de la déglutition et au repos.
  • La mastication : unilatérale et alternée, l’enfant doit mâcher des aliments durs. La mastication est nécessaire à la croissance harmonieuse des maxillaires.
Des études, comme celles de Guilleminault (2014), montrent que les enfants souffrant de SAOS et d’hypertrophie des amygdales et des végétations, ont des résultats significativement meilleurs quand ils ont suivi une rééducation fonctionnelle. D’où l’intérêt de cette rééducation, aussi bien pour corriger les conséquences du SAOS que dans l’optique d’améliorer le tonus de la langue lors de la position couchée , dégageant ainsi les voies aériennes supérieures. Ces exercices permettent de diminuer significativement les épisodes d’arrêts respiratoires ainsi que le ronflement montre qu’il diminue en fréquence, en intensité et en durée. La Fédération Française d’Orthodontie dans sa dernière recommandation de bonne pratique « Place de l’orthodontie dans le dépistage et le traitement du syndrome d’apnées hypoapnées obstructives du sommeil (SAHOS) chez l’enfant », établit le rôle capital de l’orthodontiste dans le diagnostic et la stratégie thérapeutique globale (16 recommandations faites). Il en ressort que le diagnostic doit être précoce et que les thérapeutiques d’interception sont efficaces, surtout si elles sont suivies d’une rééducation fonctionnelle. La Sécurité Sociale a d’ailleurs prévue une prise en charge spécifique pour ces disjonctions maxillaires rapides, dans le cadre des syndromes avérés.


Annexe : Présentation de la FFO


L’Orthodontie est une spécialité reconnue depuis plus de 100 ans, d’abord aux Etats-Unis puis en Europe où l’EOS (European Orthodontic Society) a presque le même âge. En France, James Quintero fonde la Société Française d’Orthodontie en 1921. D’autres Sociétés sont créées, regroupant des praticiens qui partagent la même philosophie (approche diagnostique et séquences cliniques), les mêmes objectifs de qualité (Study clubs) ou encore leur origine universitaire. Ces Sociétés se sont regroupées dans la Fédération Française d’Orthodontie (FFO) afin de rassembler leurs forces et mieux servir la profession. Julien Philippe en fut le premier Président en 2001. Actuellement, l’administrateur général de la FFO, devenue GIE, est le Dr Alain Bery.

11 Sociétés Scientifiques sont rassemblées dans cette Fédération :

 

  • l’Association Française d’Orthognathodontie Systémique
  • le Cercle d’Etude et de Prospective Orthodontique de Garancière,
  • le Club Toujours Tout Droit,
  • le Collège des Enseignants en Orthopédie Dento-Faciale,
  • le Collège Européen d’Orthodontie,
  • le Group Root Edgewise Advanced Technique,
  • la Société Bioprogressive Ricketts,
  • la Société Française d’Orthodontie Linguale,
  • la Société Française d’Orthodontie par Aligneurs
  • la Société Française d’Orthopédie Dento-Faciale,
  • la Société Médicale d’Orthopédie Dento-Maxillo-Faciale
Depuis sa fondation, la Fédération est au service de l’Orthodontie. Elle poursuit une double mission de promotion de l’orthodontie française auprès du grand public et de formation continue des professionnels. Sa tâche essentielle est d’organiser chaque année, le deuxième week-end de Novembre, les Journées de l’Orthodontie, dont le succès est attesté par une fréquentation sans cesse en progression (3100 participants en 2017).

 

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